Alfa et Omega

Rencontrer quelque chose qui corresponde à notre attente

Julián Carrón

Lorsque je pense à un jeune d’aujourd’hui qui est en train de s’ouvrir à la vie, je suis envahi par une tendresse infinie : comment s’orientera-t-il dans ce capharnaüm rempli d’opportunités et de défis dans lequel il doit vivre ? Il suffit de regarder la télévision, ou bien de s’approcher
d’un  kiosque ou  d’une librairie pour voir la variété d’options qui s’offrent à lui. Choisir la bonne est une entreprise ardue.

Mais si, d’un côté, il est émouvant de penser à un jeune qui se trouve face à un tel défi, je suis encore plus étonné que celui qui nous a placés dans la réalité ne s’est pas retenu  de courir un risque semblable. Au point de scandaliser ceux qui voudraient se l’épargner à euxmêmes et aux autres, qu’il s’agisse des enfants, des amis ou des élèves.

Toutefois, le Mystère ne nous a pas lancés dans l’aventure de la vie sans nous fournir une boussole pour que nous puissions nous orienter. Cette boussole, c’est le cœur. À notre époque, le cœur a été réduit à un sentiment, à un état d’âme. Mais, nous tous, nous pouvons reconnaître dans notre expérience que le cœur ne se laisse pas réduire, qu’il ne se conforme à rien. « L’homme est vraiment créé pour ce qui est grand, pour l’infini. Tout le reste est insuffisant », dit le Pape dans son message. Et nous le savons bien.

Pour cela, celui qui prend au sérieux son cœur, fait pour ce qui est grand, commence à avoir un critère pour se comprendre lui-même et comprendre la vie, pour juger la vérité ou la fausseté de n’importe quelle proposition  qui surgit à l’horizon  de sa vie. « Sans cesse vous sont présentées des propositions plus faciles, mais vous vous rendez compte vous-mêmes qu’il s’agit de leurres, qu’elles ne donnent ni sérénité, ni joie. » 

Y a-t-il quelque chose qui soit à la hauteur de nos exigences les plus profondes, qui puisse répondre à notre si fort désir, grand comme l’infini ? Beaucoup répondront qu’une telle chose n’existe pas, vue la déception  dont ils ont fait tant de fois l’expérience en faisant reposer leur espérance sur quelque chose qui était destiné à les décevoir. Mais personne d’entre nous ne peut se passer d’espérer. Cette attente est-elle irrationnelle ? Et alors,
pourquoi espérons-nous ? Parce que c’est la chose la plus rationnelle : personne d’entre nous ne peut affirmer avec certitude qu’elle n’existe pas.

Mais nous ne découvrirons qu’elle existe que si nous avons la possibilité de rencontrer quelque chose qui corresponde vraiment à notre attente. Comme les premiers qui rencontrèrent Jésus : « Jamais nous n’avons rien vu de pareil. ».

Depuis que ce fait est entré dans l’histoire, quiconque en a eu connaissance n’a plus pu, ni ne pourra, demeurer tranquille. Tout le scepticisme du  monde ne pourra l’éliminer de la face de la terre.

Il restera là, sur l’horizon de sa vie, comme une promesse représentant le plus grand défi qu’il doive affronter. « Celui qui me suit recevra le centuple et aura en  héritage la vie éternelle ». Seul celui qui a le courage de vérifier dans sa vie la promesse contenue dans l’annonce chrétienne pourra découvrir qu’elle est capable de répondre à son attente. Sans cette vérification, il ne pourra pas exister de foi à la hauteur de la nature rationnelle de l’homme, c’est-à-dire, capable de continuer à être intéressante pour lui.

Julián Carrón
Président de la Fraternité de Communion et Libération