Il me semble particulièrement important d’avoir voulu affronter cette année le thème de Dieu,lors de l’Assemblée Plénière : « La question de Dieu aujourd’hui ».Nous ne devrions jamais nous lasser de proposer à nouveau une telle demande, de “repartir de Dieu”, pour redonner à l’homme la totalité de ses dimensions,sa pleine dignité. En effet, lamentalité quis’estrépandue à notre époque,renonçant à toute référence au transcendant, s’estrévélée incapable de comprendre et de préserver l’humain.La diffusion de cette mentalité a généré la crise que nous vivons aujourd’hui, qui est une crise de sens et de valeurs, avant d’être une crise économique et sociale. L’homme qui tente d’exister uniquement de façon positiviste, dans la sphère du calculable et du mesurable, en fin de compte suffoque.Dans ce cadre, la question de Dieu est, dans un certain sens, « la » question. Elle nous renvoie aux demand es fondamentales de l’homme, à ses aspirations de vérité,de bonheur et de liberté inscrites dans son
cœur, et qui cherchent une réalisation. L’homme qui réveille en soi la demande au sujet de Dieu s’ouvre à l’espérance, à une espérance fiable, pour laquelle cela vautla peine d’affronter la fatigue du chemin dansle présent(cfr. Spesalvi, 1).
Mais comment réveiller la demande de Dieu, afin qu’elle soit la question fondamentale ? Chers amis, s’il est vrai que « à l’origine du fait chrétien il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne » (Deus caritas est, 1), la demande au sujet de Dieu est réveillée parla rencontre avec quelqu’un qui a le don de la foi, qui a un rapport vital avec le Seigneur. Dieu est connu à travers des hommes et des femmes qui Le connaissent : le chemin vers Lui passe, de façon concrète, à travers ceux qui L’ont rencontré. Le rôle des fidèles laïcs est alors particulièrement important.[…]Vous êtes appelés à offrir un témoignage transparent de la pertinence de la question de Dieu dans tous les domaines de la pensée et de l’agir. Dans la famille, au travail, tout comme dans la politique et dans l’économie, l’homme contemporain a besoin de voir de ses propres yeux et de toucher de ses propres mains comment, avec Dieu ou sans Dieu,tout change.
Mais le défi d’une mentalité fermée au transcendant oblige aussi les chrétiens eux-mêmes à revenir à la centralité de Dieu de façon plus décisive. Parfois, on a tout fait afin que la présence des chrétiens dans le domaine social, en politique ou dans l’économie soit plus incisive et, sans doute, ne s’est-on pas préoccupé tout autant de la solidité de leur foi, presque comme si s’était une donnée acquise une fois pourtoutes. En réalité, les chrétiens n’habitent pas une planète lointaine, immunisée contre la «maladie » du monde, mais ils partagent les troubles, les désorientations et les difficultés de leur temps. Ainsi, il est très urgent de proposer à nouveau la question de Dieu également dans le tissu ecclésial lui-même. Combien de fois, bien qu’ils se disent chrétiens, Dieu, de fait,
n’est-il plusle point central de référence dans leur mode de penser et d’agir, dans les choix fondamentaux de la vie. La première réponse au grand défi de notre temps réside alors dans la conversion profonde de notre cœur, afin que le Baptême qui nous a rendus lumière du monde et sel de la terre puisse vraiment nous transformer.
