Avec force, audace et cohérence, Jean Paul II a reproposé au monde ce que signifie être chrétien aujourd’hui. L’héritage du bienheureux Wojtyla est lumineux, dynamique, transformateur. Don Julián Carrón, président de la Fraternité de Communion et Libération (CL) le souligne dans une interview accordée à notre journal. Le successeur de don Giussani, fondateur de CL, rappelle qu’en s’adressant à de nombreuses occasions aux mouvements, aux associations et aux groupes ecclésiaux, le bienheureux Karol Wojtyla les a désignés comme « le printemps de l’Esprit » dans la mesure où, dans l’Eglise, la dimension charismatique est « coessentielle » à la dimension institutionnelle.
Benoît XVI a défini la béatification de Jean Paul II comme une grande et universelle « fête de la foi » dans un message autographe envoyé pour l’occasion à notre journal.
Avec ces mots envoyés à « L’Osservatore Romano », le Saint Père nous offre le sens profond de cette fête de la foi qu’a été la béatification de Jean Paul II, c’est-à-dire une « invitation pressante » à la conversion, à ouvrir les portes au Christ pour commencer à suivre les traces du nouveau Bienheureux. Nous tous qui nous sommes rendus à Rome pour participer à la cérémonie sur la place Saint Pierre, avons senti l’urgence de cette conversion en même temps qu’une profonde gratitude.
Pendant presque 27 ans, Jean Paul II a embrassé la jeune histoire de Communion et Libération. Quelle dette de reconnaissance avez-vous à l’égard du nouveau Bienheureux, père et compagnon surle chemin de la foi et du témoignage dans le présent et vers l’avenir ?
Le fait que ce soit Jean Paul II qui a reconnu la Fraternité de Communion et Libération, les Memores Domini, la Fraternité Sacerdotale des Missionnaires de Saint Charles Borromée, les Soeurs de la Charité de l’Assomption, comme autant de fruits nés du charisme de don Giussani, restera pour toujours gravé dans notre mémoire, car nous sommes membres des ces différentes entités. Dans la lettre que j’ai envoyée à tous mes amis du mouvement dès que j’ai appris la nouvelle de cette béatification, j’ai eu l’occasion de rappeler qu’à l’immense dette de gratitude nous devons ajouter la conscience de l’interprétation pleine d’autorité de la reconnaissance pontificale que nous a offerte Jean Paul II lui-même : « Quand un mouvement est reconnu par l’Eglise, il devient un instrument privilégié pour une adhésion personnelle et toujours renouvelée au Mystère du Christ » (Castel Gandolfo, 12 septembre 1985). Nous savons combien nous avons besoin de nous identifier au charisme qui nous a fascinés pour continuer sur ce chemin et pour répondre à l’invitation que le bienheureux Jean Paul II nous avait adressée lors de l’audience pour les trente ans de notre mouvement : « Allez dans le monde entier apporter la vérité, la beauté et la paix qui se rencontrent dans le Christ Rédempteur » (Salle Paul VI, 29 septembre 1984).
Dans des circonstances historiques particulièrement difficiles et avec une audace contagieuse, Jean Paul II a offert à tous les raisons de la foi et de l’espérance, donnant à l’Eglise et au monde les germes du renouveau à la lumière du concile Vatican II ; il a débarrassé le terrain de toute interprétation réductrice ou déformée qui voulait en limiter la portée.
Jean Paul II a reconnu la situation dans laquelle se trouve le christianisme contemporain et il a estimé qu’il était de la plus grande urgence d’offrir les motifs adéquats qui rendent l’adhésion au Christ raisonnable dans le contexte culturel et social où nous vivons, un contexte où tout dit le contraire. De cette façon, le nouveau Bienheureux nous a donné la contribution la plus précieuse dont les chrétiens ont besoin : le témoignage de ce que devient la vie d’un homme qui se laisse saisir et entraîner par le Christ. Et l’on voit qu’il a touché le point essentiel au fait qu’à travers lui tant de personnes ont retrouvé l’intérêt pour le christianisme et la grande tradition de l’Eglise qu’ils avaient perdu. Ainsi il a fourni à tout le monde l’interprétation du concile Vatican II : le renouveau de l’Eglise dans la continuité.
Jean Paul II et don Giussani : un chemin fondé sur la rencontre mystérieuse et ineffable avec une personne, le Christ, celui en qui « tout est fait et consiste », le principe interprétatif de l’homme et de son histoire.
Aujourd’hui, il est difficile de se rendre compte de l’impact de l’encyclique Redemptor hominis sur don Giussani et, par lui, sur tout le mouvement : il en fit imprimer une édition spéciale qui, pendant toute une année, fut le texte de l’Ecole de communauté c’est-à-dire de la catéchèse hebdomadaire de Communion et Libération. Don Giussani avait toujours enseigné que le Christ est la clé de voûte pour comprendre la réalité et l’histoire. L’encyclique venait confirmer cette intuition profonde. « Le Rédempteur de l’homme, Jésus Christ, est le centre du cosmos et de l’histoire » : les toutes premières paroles de l’encyclique Redemptor hominis résumaient la certitude d’où don Giussani était parti, 25 ans plus tôt, dans sa tentative d’éducation chrétienne parmi les jeunes de Milan. Benoît XVI nous l’a rappelé dans l’homélie de dimanche : Jean Paul II « nous a redonné la force de croire au Christ, car le Christ est Redemptor hominis, […] plénitude de l’homme et accomplissement de ses attentes ».
Interview de don Julián Carrón, président de la Fraternité de Communion et Libération par L’Osservatore Romano
